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Morgan Agren du Mats/Morgan Band

Mats/Morgan Band a fait un tabac en se produisant pour la première fois en France en octobre 2002 au festival Nancy Jazz Pulsation. La musique, c’est un peu du Zappa qui rencontre Bill
Bruford, Billy Cobham, avec une touche de Mahavishnu et de Return to forever, le tout remixé à la sauce troisième millénaire. Si vous pensez tout de suite à " Ordinateur + séquences ", oubliez : tout est joué LIVE. Chaud, très chaud devant !!

Ce groupe de fous-furieux nous vient de Suède ; je les ai rencontrés au retour de leur première tournée Japonaise. " Tous les concerts affichaient Complet " raconte Morgan Agren, le batteur.
" On a vendu 260 CD en quelques minutes ; j’ai même vendu quelques exemplaires de ma méthode (en Suédois)!"


Mat/Morgan Band, c’est qui, c’est quoi ?
J’ai rencontré Mats (NDA : aveugle, clavier, compositeur) en 1981 lors d’un concert dans un petit village près d’Umeå en Suède. Il n’y avait que lui et moi. Nous avons joué quelques reprises sur lesquelles nous étions tombés d’accord seulement deux heures avant de monter sur scène. Il s’agissait de morceaux de Zappa, des Beatles, Stevie Wonder que nous
connaissions tous les deux, mais sans jamais les avoir répétés. Mats avait pour son âge (10 ans et 14 pour moi) une culture musicale époustouflante allant de Miles à Earth Wind & fire en passant par Mahavishnu et Zappa !

Lorsque nous avons commencé à jouer, j’ai regardé Mats d’un air ahuri ; ce gamin de dix ans, aveugle, jouait incroyablement bien et chantait les chansons dans un anglais parfait et sans accent. Ma rencontre avec Mats et la plus importante de ma vie.

Les autres membres du groupes que je suis aussi très content d’avoir rencontrés sont des amis que nous avons trouvés lors de concerts. La Suède est un petit pays et les chances de trouver un jour ou l’autre les musiciens qui ont les même goûts musicaux que vous sont plutôt bonnes. Le groupe est composé de Mats aux claviers, de mon frère Jimmy Ågren à la guitare; ils sont d’Umeå comme moi. Tommy Thordsson à la basse, est de Växjö et Robert Elovsson aux claviers, est de Nyköping.

Raconte nous ton parcours de musicien?
J’ai commencé à taper sur toutes sortes de choses dès l’âge de trois ans et mes parents m’ont acheté une batterie à cinq ans. Bien qu’ayant eu quelques bons profs, je me considère comme autodidacte car j’ai beaucoup appris en écoutant de bons disques et en allant voir des concerts. A 10 ans j’ai vu Buddy Rich et ça m’a scotché ! Quand j’ai vu Buddy, j’ai voulu jouer comme lui. Je ne me suis pas posé de questions ; je me suis précipité sur la batterie pour essayer de reproduire ce que j’avais vu et entendu. Plus tard j’ai découvert des batteurs et des groupes qui m’attiraient encore plus ; Return to forever avec Lenny White. Leur album "Romantic Warrior" a ouvert un monde musical merveilleux pour moi. Je pense que l’inspiration est une des choses les plus importantes pour avancer.

Je ne copiais pas les batteurs note à note, mais j’essayais d’avoir leur attitude, leur approche à ces compositions qui d’une certaine manière étaient encore plus intéressantes que la batterie elle même. Ce processus d’écoute pour l’inspiration et vouloir jouer et composer est une excellente chose.

Quel matos utilises-tu?
Mes seuls contrats pour l’instant sont avec Shure dont j’utilise les micros et les baguettes Vic Firth. En ce moment je joue différentes configurations (tailles et sets) de batteries Pearl. Mes cymbales sont des Sabian, martelées à la main et de grandes tailles généralement. Pas d’électronique, bien que je passe pas mal de temps derrière mon ordinateur.

Tu parles de grandes tailles; j’aurais plutôt pensé que tu utiliserais des petites tailles de toms et de cymbales au regard de la précision et de la clarté de ton jeu très fourni !
Toutes mes crashes sont des 20", ma ride est une 21". J’ai même utilisé pendant longtemps une grosse caisse de 24". En ce moment, j’ai des toms de 8", 10", 12", deux toms basse de 15" et 16", une grosse caisse de 22" et une caisse claire de 10". Je pense que ce que tu entends par son courts et précis est dû au mixage de la batterie et de la musique : je mixe
moi-même ; je n’en suis pas toujours satisfait à 100%, mais je sais ce qu’il faut faire pour obtenir le résultat souhaité.

Beaucoup de batteurs semblent être perdus dans le processus du mixage ; ils dépensent beaucoup d’argent en matériel, mais si ça ne sonne pas en studio, il faut savoir communiquer avec l’ingénieur du son ou bidouiller la console soi-même. Les fûts et les cymbales ne sonnent jamais de la même manière une fois que leur son est repris par les micros, effets, consoles… Il est important de connaître l’influence de pré amplis et compresseurs à lampes, d’égaliseurs, de placement de micros etc.

Tu t’occupes de beaucoup de choses dans la vie du groupe ?
Je ne suis pas le seul mais je fais un gros boulot. J’ai monté ma propre maison de disque en 1996 car comme tu l’imagines, il est très dur de signer un contrat pour de la musique qui ne soit pas formatée MTV! J’ai sorti une quinzaine de titres dont je suis contents mais c’est un travail ENOOOORME ! Je fais tout : composer, arranger, mixer, masteriser, design, commandes par web, distribution, agent, comptable etc. J’aimerais avoir une distribution mondiale et un agent. L’idéal serait de signer mon Label avec une plus grande maison de disque qui m’aiderait dans la
fabrication et distribution en me laissant les mains libres pour la direction musicale.

Je reçois des emails de gens qui veulent tel ou tel album partout dans le monde. Il y a même des gens qui m’envoie du cash dans une enveloppe avec un petit mot du style " Voici l’argent, envoyez moi votre disque " ! C’est super lorsque la qualité et la réputation d’un disque traverse les frontières on ne sait comment et sans publicité. La bonne musique a sa propre force et tôt ou tard elle circule à travers le monde.

Parle-nous de tes influences. J’entends pas mal de choses comme Cobham, Vander, Bruford comme batteurs et Zappa, Fripp / Crimson pour la composition. Dis-moi si je me trompe.
Mes batteurs et/ou compositeurs favoris sont entre autres Christian Vander, Bill Bruford, Ronald Shannon Jackson, Narada Michael Walden, Gary Husband, Terry Bozzio, Buddy Rich, Vinnie Colaiuta, Tony Williams, Elvin Jones, Billy Cobham. Mes premiers groupes / compositeurs préférés étaient Beefheart, Crimson, Zappa, Holdsworth, Mahavishnu etc. Plus récemment, j’ai écouté BEAUCOUP d’Hermeto Pascoal; ce type est incroyable!

En écoutant les CD de ton groupe, on ne peut s’empêcher de penser à des séquences ou des boucles; est-ce bien le cas?
Je compose avec l’ordinateur, mais lorsqu’on joue live ou en studio, les parties sont remplacées par le groupe. En public, nous n’avons jamais utilisé de séquences.

Comment composes-tu ; te bases-tu sur des patterns de batterie, des riffs, des mélodies ?
J’ai besoin d’un bon son pour faire passer mes idées; je ne joue pas de claviers, donc j’utilise un échantillonneur pour faire ma musique. Les idées musicales sont dans ma tête, j’a juste besoin d’un outil pour les concrétiser. Les sampleurs et séquenceurs m’aident bien mais il faut surtout de l’inspiration.

Comment enregistrez-vous ?
Ces derniers temps tout est fait en live. Je pense que le Mats/Morgan Band est devenu un bon groupe de live depuis quelques années. J’aime l’énergie qui se dégage du jeu en live. J’avoue qu’il me tarde toutefois de faire quelques expérimentations en studio; on a beaucoup travaillé avec des séquenceurs dans le passé, enregistrant un à un en re-recording. La plupart
de mes compositions dans le CD "The music or the money?" sont le fruit d’une démarche créative en studio.

Faut-il être docteur en mathématiques pour faire partie du groupe! Plus sérieusement quelle est ton approche des mesures impaires ? Honnêtement, je ne " pense " pas tant que ça. J’entends un rythme, je l’enregistre sur un séquenceur, le quantifie et si ça sonne, je la garde et le développe !

J’aime particulièrement les trucs impaires que tu fais en gardant un afterbeat pour donner l’illusion d’un groove " carré ". Je suppose que tu as passé un peu de temps pour techniquement superposer ces différents rythmes. Bruford t’a-t-il influencé en ce sens ?
Bien sûr. Son son et ses albums solos, surtout " One of a kind " m’ont beaucoup influencés. La plupart des compositions du "Live" et de "ON AIR WITH GUESTS" sont relativement orientés vers le rythme. Ces morceaux ont des schémas rythmiques qui peuvent s’expliquer ! Mais je ne planifie rien de manière théorique. Certaines de ces parties ont pris au groupe pas mal de temps et d’énergie à mettre en place !

Cela dit, les membres du groupe ne sont ni de fins mathématiciens ni de grands théoriciens de la musique. Je suis très content du résultat final. C’est très facile de travailler ensemble. Je n’ai jamais su expliquer grand chose théoriquement. Quand je fais découvrir un nouveau morceau aux membres du groupe, il l’apprennent de manière naturelle ; c’est dur à expliquer. J’ai des partoches informatiques des morceaux, mais Jimmy ne lit pas la musique et Mats est aveugle, alors…

Quels sont les projets futurs ?
Nouvel album avec Mats / Morgan, une tournée en France en mai-juin, puis quand j’aurai un peu de temps, je continuerai à travailler sur un projet à long terme appelé "LE BATTERIE".
Ce sera un album avec beaucoup de batterie, pas trop de compositions au sens propre, c’est plus un truc de groove avec plein de rythmes sombres, hypnotiques. " Le Batterie " fera peut-être même danser ! Moi ça m’a fait danser pendant que je l’enregistrais ! (rires).

A bientôt en France !!

Propos recueillis par Patrick Buchmann. (Un grand merci à Jean Bisello)